85 % des immeubles collectifs ne sont toujours pas équipés pour la recharge électrique : pourquoi ?

La voiture électrique progresse rapidement en France, mais son développement se heurte encore à un obstacle majeur : la recharge à domicile pour les habitants en copropriété.

Le constat est particulièrement frappant. D’après le baromètre national de la recharge en résidentiel collectif T4 2025 relayé par le programme ADVENIR, 85 % des immeubles collectifs ne sont ni équipés ni même en cours d’équipement d’une infrastructure de recharge pour véhicules électriques. Pourtant, environ un foyer sur deux vit en habitat collectif.

Le problème ne vient donc pas seulement du nombre de voitures électriques en circulation. Il tient surtout à la difficulté de transformer un parking existant en un espace capable d’accueillir progressivement plusieurs dizaines de points de recharge.

Pourquoi les copropriétés prennent-elles autant de retard ? Et surtout, les nouvelles solutions collectives permettent-elles désormais de débloquer la situation ?

Recharge électrique : un retard important dans les immeubles collectifs

Depuis la création du programme ADVENIR en 2016, près de 46 000 points de recharge et 6 000 infrastructures collectives avaient été financés dans le résidentiel collectif au moment du bilan publié en mars 2026. Le marché avance donc, mais l’immense majorité du parc immobilier collectif reste encore à équiper.

La situation est très différente de celle d’un propriétaire de maison individuelle.

Dans une maison, le propriétaire peut généralement décider seul de faire installer une borne dans son garage ou devant son logement.

Dans une copropriété, le projet peut impliquer :

  • le copropriétaire ;
  • le syndic ;
  • le conseil syndical ;
  • les autres copropriétaires ;
  • l’installateur IRVE ;
  • le gestionnaire du réseau électrique ;
  • et parfois d’autres entreprises lorsqu’il faut réaliser des travaux spécifiques.

Le projet devient donc à la fois électrique, administratif et collectif.

1. Une impression de complexité qui freine encore les copropriétés

Le premier obstacle n’est pas toujours technique : c’est souvent la perception du projet.

Pour un conseil syndical ou un syndic qui aborde le sujet pour la première fois, de nombreuses questions apparaissent immédiatement :

Qui doit payer ? Quelle solution choisir ? Faut-il équiper toutes les places ? Peut-on commencer avec une seule borne ? Quelle puissance prévoir ? Une nouvelle alimentation électrique est-elle nécessaire ? Qui entretiendra l’installation ?

Cette accumulation de questions peut conduire une copropriété à reporter le projet d’une assemblée générale à la suivante, même lorsqu’un ou plusieurs habitants souhaitent déjà passer à l’électrique.

Pourtant, les infrastructures collectives ont justement été conçues pour éviter d’installer immédiatement une borne sur chaque place.

2. Le coût reste l’une des premières inquiétudes

Lorsqu’un parking compte 30, 50 ou 100 places, le mot « infrastructure » peut rapidement faire penser à des travaux représentant plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Cette crainte est particulièrement forte lorsque seuls deux ou trois copropriétaires possèdent actuellement une voiture électrique.

Pourquoi tous les copropriétaires devraient-ils financer un équipement qu’ils n’utiliseront peut-être que dans plusieurs années ?

C’est précisément l’un des problèmes auxquels répondent les modèles de préfinancement des infrastructures collectives. Dans le cas du Réseau Électrique Auto d’ENEDIS avec préfinancement, les utilisateurs futurs participent au financement de l’infrastructure lorsqu’ils demandent leur raccordement individuel, ce qui permet d’éviter de faire supporter immédiatement l’ensemble de l’investissement à la copropriété.

Le fonctionnement économique d’un projet collectif est donc très différent de celui d’une installation classique payée intégralement par la copropriété.

3. Le passage en Assemblée Générale peut ralentir la décision

La temporalité particulière des copropriétés explique aussi une partie du retard.

Un besoin peut apparaître en janvier alors que l’Assemblée Générale n’aura lieu qu’en juin ou septembre. Il faut préparer le dossier, réaliser les études, comparer les solutions puis inscrire le projet à l’ordre du jour.

Le vote en AG reste une étape essentielle pour la création d’une infrastructure collective. La réglementation a toutefois évolué afin de faciliter certains projets, notamment lorsque la copropriété opte pour une solution sans frais pour le syndicat des copropriétaires.

Une bonne préparation en amont est donc déterminante : plus le projet est clair techniquement et financièrement, plus les copropriétaires peuvent se prononcer en connaissance de cause.

4. Les parkings existants n’ont pas été conçus pour la voiture électrique

Une grande partie du parc immobilier français a été construite bien avant l’apparition des véhicules électriques.

Dans certains parkings, le tableau électrique se situe à plusieurs dizaines de mètres des places. Dans d’autres, les passages de câbles sont complexes ou plusieurs niveaux de sous-sol doivent être traversés.

Les difficultés peuvent être encore différentes pour les parkings extérieurs :

  • réalisation de tranchées ;
  • travaux de voirie et réseaux divers (VRD) ;
  • création de massifs ou supports ;
  • protection des équipements contre les conditions climatiques ;
  • cheminement des câbles en extérieur.

ADVENIR a d’ailleurs identifié ces surcoûts spécifiques aux parkings extérieurs comme l’une des raisons de leur faible taux d’équipement et a renforcé ses aides à compter du 1er avril 2026.

5. Le droit à la prise répond au besoin individuel, pas toujours au besoin de l’immeuble

Le droit à la prise permet à un propriétaire ou un locataire disposant d’un emplacement de stationnement de demander l’installation d’un point de recharge individuel à ses frais.

Cette possibilité a joué un rôle important dans le développement de la recharge en copropriété.

Mais elle ne répond pas nécessairement à la question suivante : comment équiper demain 10, 20 ou 50 voitures dans le même parking ?

Multiplier les installations conçues indépendamment les unes des autres peut devenir peu pertinent à mesure que les demandes augmentent.

C’est pourquoi ENEDIS recommande une infrastructure collective dans les parkings comprenant plusieurs places attitrées : elle permet notamment de mutualiser l’installation, d’améliorer la sécurité et de simplifier les futurs raccordements.

6. Beaucoup de copropriétés attendent simplement que la demande existe

C’est probablement l’un des freins les plus importants.

Lorsqu’aucun résident ne possède encore de voiture électrique, une infrastructure de recharge peut apparaître comme un projet non prioritaire.

Le raisonnement est alors :

« Nous nous en occuperons lorsqu’un copropriétaire achètera une voiture électrique. »

Le problème est que l’installation d’une infrastructure collective ne se réalise pas en quelques jours.

Il faut étudier le parking, consulter les solutions, préparer la décision collective puis organiser le raccordement et les travaux. Après la décision de la copropriété, Enedis indique disposer d’un délai maximal de six mois pour le raccordement de l’infrastructure collective et, lorsqu’il s’agit du Réseau Électrique Auto, son installation.

Anticiper permet donc d’éviter qu’un futur propriétaire de véhicule électrique attende plusieurs mois avant de pouvoir recharger chez lui.

7. Les copropriétaires connaissent encore mal les solutions disponibles

L’autre difficulté tient au manque d’information.

Beaucoup de résidents imaginent encore deux possibilités : installer chacun leur borne depuis les parties communes ou équiper immédiatement toutes les places du parking.

Or une infrastructure collective fonctionne autrement.

Avec le Réseau Électrique Auto (REA), ENEDIS déploie un réseau électrique dans le parking. Lorsqu’un résident souhaite ensuite s’équiper, une dérivation individuelle et un compteur peuvent être installés sur sa place ; il choisit ensuite un installateur pour poser sa borne ou sa prise renforcée ainsi que son fournisseur d’électricité.

Autrement dit, préparer 100 places ne signifie pas acheter 100 bornes.

L’infrastructure peut être créée aujourd’hui et les bornes ajoutées progressivement au rythme réel des besoins.

8. En 2026, les aides ADVENIR cherchent précisément à accélérer l’équipement

Face au retard persistant des copropriétés et notamment des parkings extérieurs, le programme ADVENIR a fortement relevé plusieurs barèmes depuis le 1er avril 2026.

Pour l’infrastructure collective, l’aide peut désormais représenter 50 % du projet, dans la limite de 12 500 € jusqu’à 100 places, avec 125 € supplémentaires par emplacement au-delà de 100 places.

Une aide complémentaire spécifique aux travaux de VRD et aux solutions de cheminement de câbles en extérieur peut atteindre 8 000 € jusqu’à 100 places extérieures, puis 80 € par place supplémentaire.

Pour un point de recharge individuel en résidentiel collectif, le plafond de la prime ADVENIR a également été porté à 1 000 €, dans la limite du taux d’aide applicable.

Ces nouveaux montants rendent notamment beaucoup plus intéressants les projets jusqu’ici pénalisés par les coûts élevés des parkings extérieurs.

Le REA d’ENEDIS permet-il d’accélérer l’équipement des copropriétés ?

Le Réseau Électrique Auto répond à une grande partie des freins rencontrés par les copropriétés.

Au lieu de considérer chaque borne comme un projet indépendant, il consiste à préparer une infrastructure électrique capable d’accueillir progressivement les futurs utilisateurs.

Pour les parkings avec places attitrées, ENEDIS présente l’infrastructure collective comme une solution permettant de mutualiser les coûts, d’améliorer la sûreté de l’installation et de faciliter l’arrivée de nouveaux utilisateurs.

Cette logique change considérablement la manière d’aborder la recharge : la copropriété ne cherche plus seulement à répondre au besoin du propriétaire qui possède aujourd’hui une voiture électrique, mais à préparer son parking pour les dix ou quinze prochaines années.

Pourquoi anticiper plutôt que d’attendre ?

Même lorsqu’une copropriété ne compte aujourd’hui que quelques véhicules électriques, préparer une infrastructure collective peut avoir du sens.

L’objectif n’est pas de suréquiper immédiatement le parking. Il est de disposer d’un réseau capable d’accueillir facilement les prochaines demandes.

Une fois l’infrastructure en place, un nouvel utilisateur peut demander son raccordement sans qu’il soit nécessaire de repenser entièrement les parties communes ou de recommencer un chantier global. C’est précisément l’un des avantages mis en avant par ENEDIS pour les infrastructures collectives.

Pour le syndic et le conseil syndical, cette anticipation facilite également la gestion future du parking : un projet collectif cohérent remplace une succession de demandes individuelles traitées au cas par cas.

85 % d’immeubles encore à équiper : un retard mais aussi un immense chantier à venir

Le chiffre de 85 % peut sembler spectaculaire. Il montre surtout que la transition vers la voiture électrique ne se jouera pas uniquement sur les bornes publiques ou dans les maisons individuelles.

L’habitat collectif constitue l’un des principaux enjeux des prochaines années.

Les outils existent désormais : droit à la prise, infrastructures collectives, Réseau Électrique Auto, préfinancement et aides ADVENIR renforcées en 2026.

Le principal défi consiste maintenant à transformer ces dispositifs en projets concrets dans les immeubles.

Impact Tomorrow accompagne les syndics, conseils syndicaux et copropriétaires dans l’étude et la mise en œuvre de solutions de recharge en copropriété, depuis l’analyse du parking jusqu’à l’installation des points de recharge. L’enjeu : permettre aux résidences de s’équiper progressivement, sans attendre que la multiplication des véhicules électriques rende le sujet urgent.