Quelle puissance de borne choisir pour des véhicules de fonction ?
Les véhicules restant plusieurs heures sur le parking de l’entreprise peuvent généralement être rechargés avec des bornes en courant alternatif.
Des puissances de 7,4 kW, 11 kW ou 22 kW peuvent répondre à différents usages professionnels.
Une voiture branchée pendant huit heures sur une borne de 7,4 kW dispose théoriquement d’un potentiel de recharge important, même si la puissance réellement absorbée dépend du véhicule, du niveau de batterie et du pilotage de l’installation.
Le 11 ou le 22 kW peut être pertinent lorsque les temps de stationnement sont plus courts ou lorsque les véhicules doivent récupérer davantage d’énergie.
Mais installer systématiquement la puissance maximale n’est pas toujours utile.
Un véhicule qui reste branché toute la nuit n’a généralement pas besoin de récupérer son énergie en une heure.
La recharge rapide est-elle utile pour une flotte de véhicules de fonction ?
Elle peut l’être, mais seulement pour certains usages.
Une borne rapide devient intéressante lorsqu’un véhicule doit effectuer plusieurs missions dans la même journée et dispose de peu de temps pour recharger entre deux déplacements.
Elle peut également répondre aux besoins d’une flotte exploitée de manière intensive.
En revanche, pour un véhicule de fonction stationné plusieurs heures au siège ou toute la nuit au domicile du collaborateur, la recharge rapide est rarement indispensable.
Elle nécessite également une puissance électrique beaucoup plus importante et un investissement supérieur.
Le dimensionnement doit donc partir du temps d’immobilisation réel des véhicules, et non de la seule recherche de la recharge la plus rapide possible.
Organiser la recharge pendant les heures de stationnement
La voiture électrique présente un avantage majeur pour l’entreprise : la recharge peut être programmée.
Un véhicule branché à 18 h n’a pas nécessairement besoin de commencer immédiatement à charger à pleine puissance.
Le système peut attendre une période plus favorable ou répartir l’énergie pendant toute la nuit.
La réforme des heures creuses engagée depuis fin 2025 crée d’ailleurs de nouvelles plages tarifaires, avec notamment davantage de possibilités de recharge à certains moments de la journée. Enedis souligne que le pilotage permet de choisir le moment de la recharge et d’en limiter la puissance.
Pour une flotte, cette flexibilité peut représenter un véritable levier d’optimisation.
Le pilotage dynamique devient essentiel avec plusieurs véhicules
Prenons une entreprise équipée de dix bornes de 11 kW.
Si elles fonctionnaient toutes simultanément à leur puissance maximale, elles pourraient théoriquement demander jusqu’à 110 kW.
Mais cela ne signifie pas que l’entreprise doit nécessairement réserver en permanence cette puissance à la recharge automobile.
Un système de pilotage dynamique permet de distribuer la puissance disponible entre les véhicules en fonction des besoins et de la consommation du bâtiment.
Lorsque l’activité de l’entreprise sollicite fortement l’installation électrique, la puissance consacrée aux voitures peut être réduite.
Lorsqu’elle diminue, notamment la nuit, davantage de puissance peut être attribuée à la flotte.
Cette pratique progresse : dans l’étude Enedis menée auprès d’entreprises en 2025, 36 % de celles disposant d’une infrastructure de recharge déclaraient piloter leurs recharges, contre 21 % en 2024.
Peut-on donner la priorité à certains véhicules ?
Oui, et c’est particulièrement utile pour une flotte professionnelle.
Tous les véhicules n’ont pas forcément la même heure de départ.
Une voiture devant partir à 6 h pour une longue tournée peut être prioritaire par rapport à un véhicule qui restera au parking jusqu’à midi.
Un système de gestion adapté peut prendre en compte plusieurs critères : niveau de batterie, énergie nécessaire, heure de départ ou priorité définie par l’entreprise.
On passe ainsi d’une logique où toutes les voitures rechargent indifféremment à une logique où l’énergie disponible est distribuée en fonction des besoins opérationnels.
Recharge des véhicules de fonction au domicile du salarié
La situation est différente lorsqu’un collaborateur repart chaque soir avec son véhicule.
Pour un commercial ou un salarié itinérant, le domicile peut même devenir le principal lieu de recharge.
Installer une borne chez le collaborateur permet alors de commencer chaque journée avec une batterie suffisamment chargée sans imposer un passage systématique par l’entreprise.
L’employeur peut prendre en charge tout ou partie de l’installation dans le cadre prévu par la réglementation.
En 2026, lorsque la borne installée au domicile reste chez le salarié à la fin de son contrat de travail, la prise en charge de l’employeur peut être exclue de l’assiette des cotisations dans certaines limites. Pour une borne de moins de cinq ans, l’Urssaf indique une limite correspondant à 50 % des dépenses réelles et 1 057,10 € en 2026 ; pour une borne de plus de cinq ans, ces limites passent à 75 % et 1 585,50 €. Des règles différentes s’appliquent lorsque la borne est retirée à la fin du contrat.
Ces montants étant susceptibles d’être revalorisés, ils doivent être vérifiés au moment de la mise en place du dispositif.
Comment suivre l’électricité consommée au domicile ?
C’est l’un des points importants lorsqu’une entreprise possède plusieurs véhicules de fonction.
Une simple prise domestique ne permet pas nécessairement de disposer d’informations suffisamment précises pour identifier facilement l’énergie consacrée au véhicule professionnel.
Une borne connectée peut en revanche enregistrer les sessions de recharge et les consommations associées.
L’entreprise peut ainsi mettre en place une procédure permettant de distinguer la recharge du véhicule des autres consommations électriques du logement.
Selon la solution retenue, les données peuvent être remontées automatiquement vers une plateforme de supervision afin de faciliter le suivi.
Les modalités sociales, fiscales et comptables de remboursement doivent toutefois être définies avec les interlocuteurs compétents de l’entreprise, notamment lorsque la recharge intervient au domicile.
Recharge gratuite au travail : qu’en est-il de l’avantage en nature ?
Le cadre applicable est particulièrement favorable jusqu’à fin 2027.
Lorsque l’employeur met à disposition une borne sur le lieu de travail, l’utilisation de cette borne par un salarié à des fins personnelles est évaluée à zéro au titre de l’avantage en nature, y compris pour les frais d’électricité, jusqu’au 31 décembre 2027.
Cela concerne donc une situation où un salarié utilise une borne de l’entreprise pour recharger un véhicule, y compris dans le cadre prévu par les règles d’avantage en nature.
Cette disposition peut faciliter l’organisation de la recharge sur le lieu de travail.
Véhicule de fonction électrique : quelle fiscalité sociale en 2026 ?
Le véhicule de fonction lui-même peut constituer un avantage en nature lorsqu’il est mis à disposition permanente du salarié avec possibilité d’utilisation privée.
Des règles spécifiques existent pour les véhicules 100 % électriques.
Pour les véhicules éligibles mis à disposition à compter du 1er février 2025 et jusqu’au 31 décembre 2027, l’Urssaf prévoit notamment un abattement de 70 % sur l’évaluation de l’avantage en nature, dans la limite de 4 641,60 € par an en 2026, sous réserve du respect des conditions applicables, notamment environnementales. Les frais d’électricité pris en charge par l’employeur sont exclus du calcul de cet avantage dans les conditions prévues.
Pour une entreprise qui électrifie sa flotte, la stratégie de recharge doit donc également être coordonnée avec la gestion RH et la paie.
Recharge au bureau et recharge personnelle : faut-il les distinguer ?
Techniquement, il est utile de pouvoir identifier le véhicule ou l’utilisateur associé à chaque session.
Cela permet notamment à l’entreprise de connaître :
- les consommations par véhicule ;
- les volumes rechargés par site ;
- les coûts énergétiques de la flotte ;
- les bornes les plus utilisées ;
- les périodes de recharge ;
- les éventuelles anomalies.
Une identification par badge RFID, véhicule ou compte utilisateur peut simplifier cette gestion.
L’objectif n’est pas seulement de facturer. Pour une flotte professionnelle, ces informations permettent aussi de comprendre combien coûte réellement l’utilisation énergétique de chaque véhicule.
Une seule plateforme pour plusieurs sites
La problématique devient plus importante lorsque l’entreprise possède plusieurs agences ou établissements.
Un véhicule peut être affecté à Bordeaux mais recharger régulièrement à Paris, Toulouse ou Nantes.
Une supervision centralisée permet de regrouper les informations de plusieurs parkings dans la même interface.
Le gestionnaire de flotte peut alors suivre les points de recharge, leur disponibilité et leur utilisation sans gérer indépendamment chaque établissement.
Pour un projet national, il est donc pertinent de réfléchir dès le départ à l’homogénéité du matériel, de la supervision et des règles d’accès.
Et lorsque le salarié recharge sur une borne publique ?
La recharge publique reste indispensable pour les longs déplacements et les collaborateurs itinérants.
L’entreprise peut fournir une carte ou un badge de mobilité permettant d’accéder à différents réseaux et de centraliser les dépenses.
Cette recharge doit cependant être considérée comme un complément.
Lorsque cela est possible, la recharge sur le parking de l’entreprise ou au domicile permet généralement de profiter du temps pendant lequel le véhicule serait de toute façon immobilisé.
Un collaborateur peut ainsi partir le matin avec suffisamment d’autonomie et utiliser les bornes publiques uniquement lorsque son trajet le nécessite.
Comment organiser les trois modes de recharge ?
Pour une flotte comportant des véhicules de fonction, une organisation efficace peut fonctionner ainsi :
Recharge sur le site de l’entreprise pour les véhicules régulièrement présents au siège ou dans les agences.
Recharge au domicile pour les collaborateurs qui conservent leur véhicule et commencent leurs déplacements directement depuis chez eux.
Recharge publique pour les déplacements longue distance ou lorsque les deux solutions précédentes ne suffisent pas.
L’enjeu est ensuite de centraliser autant que possible les informations afin d’obtenir une vision globale du coût et de la consommation de la flotte.
Exemple : organiser la recharge de 10 véhicules de fonction
Prenons l’exemple d’une entreprise disposant de dix véhicules électriques.
Six collaborateurs reviennent régulièrement au siège. Quatre commerciaux conservent leur véhicule à domicile et se rendent directement chez leurs clients.
Il n’est pas forcément pertinent d’installer dix bornes sur le parking de l’entreprise.
L’entreprise peut par exemple étudier l’installation de six points sur le site, associés à un pilotage dynamique.
Les quatre commerciaux peuvent disposer d’une solution de recharge à domicile et d’un moyen d’accès aux bornes publiques pour les trajets longue distance.
Le gestionnaire de flotte peut ensuite disposer d’une supervision permettant de suivre les consommations.
Ce modèle hybride évite de construire toute la stratégie autour d’un seul lieu de recharge.
Exemple : plusieurs véhicules reviennent chaque soir au dépôt
Prenons maintenant une flotte de quinze véhicules utilisés pendant la journée.
Tous reviennent au même dépôt vers 18 h et doivent être opérationnels à 7 h le lendemain.
La fenêtre de recharge est d’environ treize heures.
Plutôt que d’installer quelques bornes rapides nécessitant de déplacer les véhicules pendant la nuit, il peut être plus simple de disposer d’un point de recharge sur chaque emplacement et de répartir intelligemment la puissance pendant toute la période disponible.
Les véhicules qui ont le plus roulé peuvent recevoir davantage d’énergie, tandis que ceux ayant parcouru peu de kilomètres nécessitent seulement une recharge partielle.
Cette configuration illustre pourquoi nombre de bornes et puissance totale disponible sont deux sujets différents.
Anticiper l’augmentation de la flotte électrique
Une entreprise peut commencer avec cinq véhicules électriques puis en exploiter vingt quelques années plus tard.
Il serait coûteux de refaire entièrement le parking à chaque renouvellement de flotte.
Lors du premier chantier, il est donc pertinent d’étudier l’évolution prévue :
nombre de véhicules remplacés chaque année, kilomètres parcourus, stratégie automobile, nouveaux sites ou augmentation des effectifs.
Cela permet de préparer les chemins de câbles, tableaux électriques, protections ou fourreaux correspondant aux futurs besoins.
Les bornes peuvent ensuite être ajoutées progressivement.
Préparer quinze futurs emplacements ne signifie pas acheter immédiatement quinze bornes.
Faut-il permettre aux salariés de recharger leur voiture personnelle ?
C’est un choix supplémentaire pour l’entreprise.
Les bornes installées pour les véhicules professionnels peuvent parfois également être utilisées par les salariés pour leur propre voiture, sous réserve que l’infrastructure ait été conçue pour ces usages.
En 2025, parmi les entreprises disposant d’une infrastructure de recharge interrogées par Enedis, 45 % autorisaient la recharge des véhicules personnels des salariés, dont 27 % sans condition et 18 % sous certaines conditions.
L’entreprise peut notamment prévoir des règles différentes selon qu’il s’agit d’un véhicule de flotte, d’un véhicule de fonction ou d’un véhicule personnel.
La priorité doit rester compatible avec les besoins opérationnels de la flotte.
Quelles règles internes définir ?
L’installation technique ne suffit pas.
Une entreprise qui équipe progressivement plusieurs dizaines de véhicules a intérêt à formaliser sa politique de recharge : quels véhicules sont prioritaires, qui peut utiliser les bornes, comment s’identifier, dans quelles conditions utiliser une borne publique, comment organiser la recharge au domicile et que faire en cas de changement de véhicule ou de départ du salarié.
Ces règles permettent d’éviter que l’organisation ne repose uniquement sur les habitudes de chaque conducteur.
Elles deviennent particulièrement importantes lorsque plusieurs sites et plusieurs dizaines de collaborateurs sont concernés.
Comment dimensionner une infrastructure pour véhicules de fonction ?
L’étude doit croiser plusieurs données.
Le nombre de véhicules ne constitue qu’un point de départ. Il faut également connaître leur consommation quotidienne, leur durée de stationnement, leur heure de départ, les kilomètres parcourus, la puissance disponible sur le site et la possibilité de recharger certains véhicules au domicile.
Enedis souligne d’ailleurs que les projets professionnels doivent prendre en compte les enjeux de puissance, de pilotage ainsi que les usages des salariés, clients et visiteurs.
C’est cette analyse qui permet de déterminer correctement le nombre de bornes et leur puissance.
Les erreurs à éviter
La principale erreur consiste à acheter les bornes avant d’avoir défini l’organisation de la flotte.
Installer une borne très puissante pour chaque véhicule peut conduire à un surdimensionnement coûteux.
À l’inverse, prévoir trop peu de points peut contraindre les collaborateurs à déplacer constamment leurs voitures.
Il faut également éviter de négliger le domicile des salariés lorsque certains véhicules ne reviennent presque jamais au siège.
Enfin, une infrastructure sans supervision peut rendre beaucoup plus difficile le suivi des consommations lorsque le nombre de véhicules augmente.
La recharge doit donc être pensée comme une composante de la gestion de flotte, et non comme un simple équipement électrique.
FAQ – Recharge des véhicules de fonction
Faut-il une borne par véhicule de fonction ?
Non. Le nombre de bornes dépend des kilomètres parcourus, du temps de stationnement et du nombre de véhicules devant être branchés simultanément. Pour certaines flottes revenant chaque soir au dépôt, un point par véhicule peut cependant être pertinent.
Peut-on recharger un véhicule de fonction au domicile du salarié ?
Oui. Une borne peut être installée au domicile du collaborateur. L’employeur peut également participer à son financement selon les règles sociales applicables.
L’entreprise peut-elle payer la borne installée chez le salarié ?
Oui. Jusqu’à fin 2027, un régime spécifique encadre la prise en charge de l’achat et de l’installation d’une borne au domicile. Les limites applicables dépendent notamment de l’âge de l’équipement et de ce qu’il devient à la fin du contrat de travail.
La recharge au travail constitue-t-elle un avantage en nature ?
Jusqu’au 31 décembre 2027, l’utilisation à des fins personnelles d’une borne mise à disposition par l’employeur sur le lieu de travail est évaluée à zéro au titre de l’avantage en nature, y compris concernant l’électricité, dans le cadre prévu par la réglementation.
Peut-on faire charger plusieurs véhicules sans augmenter fortement la puissance du site ?
Oui. Le pilotage dynamique peut répartir la puissance disponible entre les bornes et adapter la recharge à la consommation du bâtiment.
Peut-on suivre la consommation de chaque véhicule ?
Oui. Des bornes connectées associées à une supervision et à une identification des utilisateurs permettent de suivre les sessions et les consommations par véhicule ou utilisateur selon la solution choisie.
Une stratégie de recharge adaptée à chaque flotte
Organiser la recharge des véhicules de fonction revient finalement à répondre à une question simple : où le véhicule reste-t-il suffisamment longtemps pour récupérer l’énergie dont il aura besoin lors de son prochain déplacement ?
Pour certains collaborateurs, la réponse sera le parking de l’entreprise. Pour d’autres, ce sera principalement le domicile. Pour les salariés itinérants, la recharge publique complétera ces deux solutions.
Une infrastructure bien dimensionnée doit permettre de combiner ces usages tout en maîtrisant la puissance disponible, les coûts, le suivi des consommations et l’évolution future de la flotte.
Impact Tomorrow accompagne les entreprises dans l’étude et le déploiement de leurs solutions de recharge : analyse des usages, dimensionnement du parking, installation des bornes, pilotage, supervision et préparation de l’évolution de la flotte.
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